2026 est déjà l'année la plus active jamais enregistrée
Du 1er janvier au 5 août 2026, les cinq régulateurs ont publié 12 684 déclarations. Sur la même fenêtre de calendrier, c'est 44 % de plus qu'en 2025 — année qui détenait elle-même le record — et le plus haut niveau de l'historique.
Le nombre de sociétés visées progresse dans les mêmes proportions : 499 contre 385 un an plus tôt, soit 30 % de plus. La hausse n'est donc pas le fait de quelques positions très actives sur un petit nombre de titres ; elle correspond à un élargissement réel du champ.
Un point mérite d'être noté : cette activité record est le fait de 174 fonds, contre 221 en 2020. Il y a plus de déclarations, sur plus de sociétés, et moins d'acteurs pour les porter.
Plus une société est petite, moins elle est regardée
C'est le résultat central de cette étude. Rapportées aux 736 petites capitalisations européennes que nous suivions au 6 août 2026, les déclarations dessinent une pente nette et régulière : 9 % des sociétés du décile le plus petit ont déjà fait l'objet d'une position courte déclarée, contre 56 % du neuvième décile.
Exprimé autrement : la capitalisation médiane des sociétés visées est de 396 M€, celle des sociétés jamais visées de 104 M€ — un rapport de près de quatre. L'écart n'est pas un artefact d'échantillonnage (test de Mann-Whitney, p < 10-20).
Sur ces 736 sociétés, 508 n'ont jamais fait l'objet d'une seule déclaration en quatorze ans. À la date de l'étude, 327 sociétés portent une position active, toutes tailles confondues, dont 90 seulement appartiennent à cet univers de petites capitalisations.
L'explication mécanique n'enlève rien au constat. Le seuil de publication est de 0,5 % du capital. Sur une société de 100 M€, cela représente 500 000 € — un montant qui ne justifie ni le travail d'analyse, ni le risque de ne pas pouvoir déboucler la position. Sur une société de 800 M€, le même seuil représente 4 M€. Le désintérêt pour le bas de la cote n'est pas un jugement porté sur ces sociétés : c'est une contrainte de taille de position et de liquidité.
Sur les petites valeurs on passe, sur les grandes on s'installe
Quand un fonds prend malgré tout position sur une petite capitalisation, il y reste près de trois fois moins longtemps que sur une grande. La durée médiane d'un épisode passe de 59 jours dans le tiers le plus petit à 163 jours dans le tiers le plus grand.
Ce contraste se retrouve dans la distribution d'ensemble. Toutes tailles confondues, la durée médiane d'une position est de 122 jours, mais la moyenne est écrasée par une minorité de campagnes très longues : 29 % des positions dépassent un an, 12 % dépassent trois ans, et la plus longue de l'historique a été maintenue 13 ans et 8 mois. À l'autre extrémité, 9 % des positions n'apparaissent qu'un jour ou deux au registre.
Deux métiers coexistent donc sous la même obligation déclarative : des stratégies quantitatives qui entrent et sortent en quelques semaines, et des convictions tenues sur des années.
Dix fonds portent près d'un tiers de l'activité
684 fonds ont déclaré au moins une position depuis 2012. Les dix premiers concentrent 30 % des 8 863 épisodes reconstitués, les cinquante premiers 62 %. À l'autre bout, 35 % des déclarants n'apparaissent qu'une seule fois dans tout le registre.
| Fonds | Positions | Sociétés | Durée médiane |
|---|---|---|---|
| Marshall Wace | 419 | 416 | 735 j |
| Citadel | 364 | 353 | 293 j |
| Millennium | 315 | 295 | 54 j |
| Qube Research & Technologies | 279 | 277 | 76 j |
| WorldQuant | 257 | 257 | 199 j |
| BlackRock | 241 | 238 | 303 j |
| AQR | 232 | 231 | 479 j |
| JPMorgan | 206 | 205 | 241 j |
| Arrowstreet | 205 | 205 | 30 j |
| Voleon | 157 | 157 | 179 j |
La colonne des durées sépare nettement deux familles. Marshall Wace tient ses positions plus de deux ans en médiane, AQR près de seize mois ; Arrowstreet en sort au bout d'un mois, Millennium en moins de deux. Le même registre enregistre des paris fondamentaux et des rotations systématiques.
La concentration se lit aussi du côté des sociétés. 55 % des 1 610 sociétés du corpus n'ont jamais porté plus d'un fonds à la fois sur toute la période. Mais quelques dossiers rassemblent des meutes : jusqu'à 22 fonds simultanément sur une même valeur.
| Pays | Positions | Sociétés | Fonds | Durée médiane |
|---|---|---|---|---|
| Allemagne | 3 956 | 990 | 439 | 89 j |
| France | 2 220 | 266 | 360 | 150 j |
| Italie | 1 539 | 230 | 276 | 142 j |
| Pays-Bas | 976 | 91 | 237 | 187 j |
| Belgique | 172 | 42 | 75 | 48 j |
La santé concentre l'attention, la finance l'évite
À l'intérieur de l'univers des petites capitalisations européennes, le taux de ciblage varie du simple au triple selon le secteur. 49 % des sociétés de santé ont déjà fait l'objet d'une position déclarée, contre 15 % des services financiers.
| Secteur | Sociétés suivies | Déjà visées |
|---|---|---|
| Santé | 69 | 49 % |
| Consommation cyclique | 96 | 39 % |
| Communication | 45 | 36 % |
| Industrie | 140 | 34 % |
| Technologie | 135 | 33 % |
| Matériaux de base | 36 | 31 % |
| Consommation défensive | 46 | 20 % |
| Immobilier | 64 | 17 % |
| Services financiers | 79 | 15 % |
Le profil de la santé se comprend : des sociétés dont la valeur dépend d'un résultat binaire — un essai clinique, une autorisation — offrent exactement le type d'événement daté sur lequel une position courte peut se construire. À l'inverse, l'immobilier coté et les services financiers sont des secteurs où la valeur d'actif est plus lisible et les surprises plus rares.
Ce que cette étude ne montre pas
Il faut le dire, parce que c'est la lecture spontanée de ces données et qu'elle est fausse : une position courte déclarée n'est pas un signal de baisse.
Nous avons testé les positions courtes déclarées comme variables prédictives dans notre propre modèle de sélection de valeurs : intensité de la position, nombre de fonds engagés, variation à un mois et à trois mois. Aucune des quatre n'a apporté de pouvoir prédictif sur les rendements à douze mois, et elles ont été retirées du modèle.
Ce résultat est cohérent avec le reste de l'étude. Les positions les plus longues sont concentrées sur de grandes sociétés très suivies, où l'information est déjà dans les prix ; et la moitié des épisodes durent moins de quatre mois, un horizon sans rapport avec celui d'un investisseur particulier. Le registre est un observatoire de l'attention professionnelle, pas une liste de valeurs à vendre.
C'est précisément pour cela que le gradient de taille est intéressant. Il ne dit pas où sont les mauvaises sociétés. Il dit où personne ne regarde.
Valorisation, croissance, solidité financière et momentum, recalculés chaque soir sur l'ensemble de l'univers.
Méthode, sources et limites
Sources. Registres publics de publication des positions courtes nettes de l'AMF (France), du Bundesanzeiger (Allemagne), de la CONSOB (Italie), de l'AFM (Pays-Bas) et de la FSMA (Belgique). Période : 30 août 2012 au 5 août 2026. Ces registres existent en application du règlement européen sur la vente à découvert, qui impose la publication nominative de toute position nette égale ou supérieure à 0,5 % du capital.
Construction des épisodes. Chaque ligne d'un registre est une déclaration — un franchissement de seuil —, pas une position. Nous avons reconstitué 8 863 épisodes en regroupant les déclarations successives d'un même fonds sur une même société, un épisode se fermant sur une déclaration à zéro. Les durées sont calculées entre la première et la dernière déclaration de l'épisode.
- Noms de fonds normalisés. Les registres écrivent « Marshall Wace LLP » et « MARSHALL WACE LLP » indifféremment. Sans normalisation, on compte 1 082 déclarants au lieu de 684, et la concentration est mécaniquement sous-estimée : le top 10 passe de 30 % à 20 % des épisodes.
- Seuil de publication. Seules les positions atteignant 0,5 % du capital sont publiques. Tout ce qui est en dessous est invisible ici. Le désintérêt mesuré pour les petites capitalisations est donc un désintérêt pour les positions significatives, pas nécessairement pour toute position.
- Univers de référence. Le gradient de taille est mesuré sur les petites capitalisations européennes cotées que nous suivions au 6 août 2026. Les sociétés radiées avant cette date n'y figurent pas, ce qui introduit un biais de survie sur les déciles les plus bas.
- Fenêtre 2026. L'année en cours est comparée aux précédentes sur la même fenêtre de calendrier (1er janvier – 5 août). Annualiser aurait produit un chiffre plus spectaculaire et moins solide.
- Valeurs extrêmes. 21 déclarations sur 148 432 affichent un ratio supérieur à 15 %, jusqu'à 100 %. Elles se concentrent sur des périodes d'augmentation de capital, où le ratio est rapporté à un nombre d'actions en cours de modification. Elles n'affectent pas les médianes utilisées ici.
Les tests d'écart sont des tests de Mann-Whitney bilatéraux, sauf pour la comparaison de capitalisation entre sociétés visées et non visées (unilatéral). Les chiffres de cette étude sont arrêtés au 5 août 2026 et ne sont pas réactualisés : c'est ce qui la rend citable. Reproduction autorisée avec mention de la source et lien vers cette page.